MÉMOIRES DE VI(LL)ES : LE FAOU


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Jean Ferrec et Fantine Rosel des Petites Cités de Caractère® de Bretagne © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Mémoires de vi(ll)es est un projet de collectages radiophonique porté par l’association Petites Cités de Caractère® de Bretagne et la Coordination des radios locales et associatives de Bretagne (CORLAB). Le projet Mémoires de vi(ll)es s’est déroulé au Faou de juillet à septembre 2023. Il a été réalisé par la radio Transistoc’h (Radio Évasion), basée au Faou.

LES HABITANT·E·S

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Les habitants du Faou sont nombreux à participer au projet « Mémoires de villes », rencontrés à domicile ou en plus grand groupe. Dans les épisodes vous pourrez entendre : Georges et Marguerite Morel, Roger et Yvonne Goulaouic, Jean-Pierre Perrot, Jean Ferrec, Danielle Hergoualc’h, Gérard et Michèle Le Stir ainsi qu’Albert Mulard. Iels y relatent leurs souvenirs au Faou.

Albert Mulard © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Georges Morel © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Marguerite Morel © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Danielle Hergoualc’h © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Jean-Luc Cariou © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Gérard Le Stir © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Yvonne Goulaouic © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Roger Goulaouic © Sarah Chajari – L’atelier du canal

Jean-Pierre Perrot © Sarah Chajari – L’atelier du canal

LES ÉPISODES

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Cette guerre est une histoire de « Faou »

Saviez-vous qu’il existait au Faou, une véritable « guerre de clocher » opposant les habitants du haut et du bas de la ville, faite de petites jalousies et de querelles mesquines ? La frontière était la rivière, puisque la ville dépendait rive droite de la paroisse d’Hanvec, avec la chapelle Saint-Joseph construite en 1541 (aujourd’hui disparue) et des activités industrielles comme portuaires ; et rive gauche de la paroisse de Rosnoën, où se trouve l’actuelle église Saint-Sauveur, un pôle plus bourgeois orienté vers le commerce et l’administration.

Les habitants du Faou sont nombreux à participer au projet « Mémoires de villes », rencontrés à domicile ou en plus grand groupe. Dans ce premier épisode, Georges et Marguerite Morel, Roger et Yvonne Goulaouic, Jean-Pierre Perrot, Jean Ferrec et Danielle Hergoualc’h relatent leurs souvenirs d’enfance et témoignent de l’activité spécifique du port, au fond de la ria du Steir Goz, à la fois lieu de cabotage, de plaisance et de promenade, dont les activités marchandes firent la renommée de la ville. De la parade des sabliers à la célèbre gabare « Notre-Dame de Rumengol », le voyage dans l’aventure maritime commence ! Une belle invitation à assister à la Fête Maritime du Faou, organisée chaque année dans la ria, labélisée Port d’intérêt patrimonial.

« Il y avait ceux du haut de la rue et ceux du bas de la rue. Moi, le bas, je ne le connaissais pas beaucoup, parce que ma mère m’interdisait de franchir le pont. Ça n’avait pas la bonne réputation. » 

Danielle Hergoualc'h

L’hôtel de Bretagne, une histoire de famille

Dans les années 40, sur la rive droite, les activités portuaires battaient leur plein et la famille Morel occupait une grande place dans cette partie de la ville. L’Hôtel de Bretagne, près de la place Saint-Joseph, était une pension de famille tenue par la grand-mère et la maman de Marguerite à l’attention de pensionnaires réguliers mais aussi des ouvriers et pêcheurs de passage. Une épicerie était tenue par sa tante, tandis que son père avait un garage. Marguerite Morel n’a travaillé que deux ans dans le bar de l’hôtel. C’est là qu’elle rencontra son deuxième mari, Georges, militaire. Ils décidèrent de s’installer à Brest avant de revenir au Faou pour y construire leur maison, juste au-dessus de l’ancien hôtel. Ensemble, ils se remémorent la vie de cette pension de famille où les commodités n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Ils reviennent aussi sur la modernisation apportée par le père garagiste de Marguerite.

« On entrait et sur la gauche, il y avait le bar avec quelques tables et à droite, la salle à manger. Puis on montait trois marches sur la droite et vous trouviez l’escalier pour les chambres. La cuisine était à l’arrière, sur une grande cour. Sur les murs c’était la chaux blanche et sur les lits, des édredons à l’ancienne. »

Marguerite Morel

Maîtresse, raconte-moi ton école

La séparation des filles et des garçons, les règles vestimentaires, les outils pour écrire, le confort dans la classe sont autant de paramètres qui différencient l’école d’hier et celle d’aujourd’hui. Gérard et Michèle Le Stir, Jean-Pierre Perrot, Jean Ferrec et Albert Mulard reviennent sur leurs souvenirs d’école entre 1930 et 1950. L’héroïne de cet épisode demeure Yvonne Goulaouic, qui fut institutrice au Faou de 1967 à 1985. Passionnée, elle favorisait déjà une pédagogie alternative en organisant des classes dehors, en quête de l’épanouissement personnel des élèves et d’exploration sensible de leur lieu de vie.

« Pendant la guerre, des Allemands ont pris les locaux de l’école pour camper. Il n’y avait plus beaucoup de place, alors on était dans les greniers de l’usine, il y avait plein de grandes caisses mais on faisait école au milieu. »

Jean Ferrec

Pas touche à mon collège !

À la fin des années 60, Le Faou connaît quelques tensions entre les parents d’élèves et les autorités politiques et académiques puisqu’il est envisagé de déménager les élèves et le corps enseignant du collège d’enseignement général (CEG) du Faou vers celui de Pont-de-Buis, situé à 12 km l’un de l’autre. Les mécontentements se transforment en manifestations pendant plusieurs mois, pour lutter contre cette fermeture qui aura finalement lieu, et affectera la vie des élèves.

« La disparition du CEG a marqué cette année-là pas mal de monde : les professeurs, mais également les collégiens. Comment peut-on vivre un événement pareil, surtout quand ça nous touche en tant qu’enfant ? On pense aux conséquences pour soi, on pense à nos copains qu’on va perdre parce que tout le monde est dispatché. »

Roger Goulaouic

Sur la voie du garde-champêtre…

Initialement prévu pour les zones rurales, le garde-champêtre était un employé communal qui remplissait une mission d’information de la population mais aussi de surveillance. Si la police a parfois une mauvaise image auprès de la population, le garde-champêtre bénéficie quant à lui, d’une meilleure presse. Ici, c’est sous le regard bienveillant et instructif de Jean-Pierre Perrot que le métier de son grand-père René, en poste au Faou à partir de 1930, retrouve son éclat. Cet épisode offre aussi l’occasion de comparer les manières de nous informer, à une époque où les informations sont affichées en mairie, sur des panneaux d’affichage et bien évidemment sous forme numérique.

« Jusqu’aux années 60 il y avait un marché aux chevaux et aux vaches, situé place de la mairie, et un marché aux cochons place Saint-Joseph donc il était chargé d’encaisser des droits de place. Il avait aussi été assermenté comme surveillant du port. A l’époque il y avait des déchargements de coquilles vides et il percevait le droit de port. »

Jean-Pierre Perrot

LE FAOU : LIEU TRADITIONNEL D’ÉCHANGE

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Crédit photographique : LAMOUREUX Alexandre.

La ville du Faou est un ancien bourg castral. Vers l’an mil, sur une motte féodale naturellement protégée par deux cours d’eau, à proximité de la mairie actuelle, est érigé le château des puissants vicomtes du Faou.

Le site est stratégique, idéalement situé au fond de la rade de Brest, sur les rives de la Ster Coz, la vieille rivière. La ville bénéficie de la proximité avec la forêt du Cranou qui fournit des ressources en bois nécessaires à la construction. Enfin, placée sur l’ancienne route qui menait de Brest à Quimper, la ville s’impose très tôt comme une ville étape.

Le siège de la vicomté permet le développement d’une vie administrative intense, la ville a compté jusqu’à une dizaine d’études de notaires. En effet, la ville est une sénéchaussée, c’est-à-dire un haut lieu de juridiction.

La présence des seigneurs permet, au début du XVe siècle, l’émergence du commerce qui assure à la ville une source d’enrichissement. Le Faou est un lieu traditionnel d’échanges, avec sa Grand-Rue aujourd’hui rue Général de Gaulle, sa douzaine de foires par an et son port, le deuxième de la rade de Brest au XIXe siècle.

En 1971, Le Faou fusionne avec la commune de Rumengol, célèbre pour son église dédiée à Notre-Dame et construite sur un ancien lieu de culte druidique. Le sanctuaire accueille deux pardons majeurs : celui de la Trinité et le pardon de l’Assomption.

La ville, immortalisée sur les toiles des peintres dont Eugène Boudin, cherche, aujourd’hui, à améliorer le cadre de vie des habitants, à valoriser son patrimoine et à maintenir les commerces en centre-ville grâce à différents projets tel que le pavement des rues et de la place du centre historique, achevé en 2017.