Du musée au micro

Quartier des Ondes / Ecomusée de la Bintinais / Lycée Charles Tillon
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Non loin du quartier du Blosne à Rennes, se situe un ilot de nature en bordure de rocade : l’écomusée de la Bintinais. Bien plus qu’une ferme en ville, l’écomusée de la Bintinais, c’est vingt hectares d’histoire et de conservation du patrimoine agricole et rural du Pays rennais. Et c’est la destination du jour en ce début du mois de mars 2025 pour une partie des élèves de la classe de première Assistance à la Gestion des Organisations et de leurs Activités (1 AGOrA) du lycée Charles Tillon de Rennes.

Contexte

Cette cinquième session de travail s’inscrit dans le cadre du projet « Du Musée au micro » porté par la CORLAB et Bretagne Musée dont la troisième et dernière saison s’achève cette année. Débuté depuis le mois d’octobre 2024, le dispositif invite les élèves de cette formation professionnelle à découvrir les métiers de la radio et du musée. Deux milieux éloignés de leur environnement habituel, comme en témoigne Sarah ce jour-là : « Le musée, c’est pas un truc qui m’intéresse. […] C’est chouette de visiter, mais je n’irais pas de moi-même. ».

Des réticences avec lesquelles il a donc fallu composer pour motiver et intégrer ces jeunes qui se sont finalement tous·tes pris·es au jeu. Même si l’évaluation de fin d’année a fortement contribué à leur implication. C’est en effet par ce biais que le projet pédagogique s’est constitué. En effet, chaque promotion doit tous les ans démontrer sa capacité à gérer un projet dans son intégralité, de l’organisation d’événements à la gestion de planning et du budget.

« Sur ce projet, ils n’ont pas le choix puisqu’ils en ont un à faire. Et là, ils ont la chance qu’on leur a apporté quelque chose qui peut les mobiliser tous au travers des petits groupes en découvrant des métiers. Et donc c’est super parce qu’il y a un vrai événement derrière qui se vit ! ».

Philippe Madre

professeur encadrant du projet

Après une visite de l’exposition en cours « Fleurs, Au-delà des apparences », ainsi que celle des studios de la radio Quartier des Ondes les mois précédents, les élèves ont bénéficié d’un atelier technique au lycée : prise en main du matériel, préparation des questions pour chaque métier… Cet apprentissage s’est établi en vue des différentes sessions d’interviews prévues de février à avril comme celle organisée ce jour-là au musée pour une partie de la classe.

Déroulé

Après une arrivée tardive de la majorité du groupe qui leur vaut une réprimande de leur professeur, les élèves s’installent dans une petite salle à l’entrée du musée. Camille Golan, médiatrice culturelle du lieu, les accueille et s’assure de l’état de préparation des trois groupes présents. La présentation est complétée par les conseils d’Alan, animateur et technicien à la radio Quartier des Ondes qui accompagne le projet. « Pensez à bien regarder la personne pendant qu’elle répond et à ne pas trop regarder vos questions, […] c’est vraiment en écoutant les réponses que vous allez pouvoir rebondir. ». Les élèves sont attentifs, mais stressés par l’exercice qui les attend.

Une fois les dernières instructions prodiguées, les membres de l’équipe de l’écomusée se succèdent au micro par tranche de trente minutes : Philippe Bardel, conservateur du patrimoine ; Clémence Hillion, responsable du service des publics et de la communication et Eloïse Jolly, chargée de communication.

 

À chaque passage, Camille et Alan en profitent pour rappeler leurs recommandations, que ce soit sur la manière de s’exprimer ou sur les aspects techniques, afin que les interviews se passent au mieux. C’est aussi l’occasion de féliciter les élèves appliqués, mais aussi de pointer certains manquements afin de pouvoir guider le groupe suivant à partir d’exemples concrets.

Malgré une attitude un peu scolaire où peu de jeunes parviennent à se détacher de leur feuille et de leurs questions, les interviews se déroulent bien. L’équipe du musée est agréablement surprise de la pertinence des questions et de leur capacité à mettre à l’aise leur interlocuteur. Tous les groupes sont attentifs aux conditions techniques d’enregistrement et veillent à ce que chacun de leur camarade participe à l’interview à sa manière.

L’heure du bilan

Une heure et demie plus tard, l’exercice est terminé. C’est le moment de faire le bilan de cette première expérience et de recueillir le ressenti de tout le monde. Le retour des encadrants est positif et encourageant. Les élèves en profitent pour décompresser. Des rires se font entendre et une petite agitation s’installe dans la pièce.

Mais leur travail est loin d’être terminé. Les élèves devront intégrer ces interviews au sein d’une émission qui reste encore à concevoir : habillage sonore, chronique, playlist musicale… Elle sera par la suite valorisée le 29 juin 2025 lors de la journée de clôture de saison du musée. Même si les modalités de diffusion restent encore à déterminer, cela augure une belle mise en valeur de la production auprès du grand public ! Une occasion unique de rassembler les parties prenantes du projet dans un cadre festif et de valoriser le résultat outre sa diffusion sur les ondes, comme l’explique Camille Golan, médiatrice culturelle : « Il y aura plein de petites choses comme ça qui vont être proposées avec des ateliers, des visites et donc je pense qu’il y aura vraiment du monde. ça peut faire partie des propositions sur lesquelles les gens vont pouvoir aussi se poser, écouter. Je trouve intéressant d’inclure les choses et de faire un récit commun de tout ça. »

Une volonté émanant de l’équipe du musée qui souhaitait développer davantage les projets EAC – Éducation Artistique et Culturelle – et notamment en lien avec le territoire et le quartier du Blosne. Des conditions réunies grâce au dispositif « Du Musée au micro » qui offrait les modalités administratives adéquates pour un accompagnement serein et une charge de travail soulagée pour l’équipe.

« On l’avait repéré par Bretagne Musées et en fait, comme nous, on se relançait dans l’EAC, le fait que ça soit accompagné administrativement par Bretagne Musée, ça nous intéressait.  On a un jumelage avec le quartier du Blosne qui fait qu’on a un travail très fort avec toutes les associations du quartier. Pour nous, il y avait l’enjeu à la fois de toucher le secondaire, de toucher les jeunes, de toucher le quartier. »
Camille Golan

Médiatrice culturelle, Ecomusée de la Bintinais

Interview de Antonin Salvert – Professeur de lettres histoire géographie – lycée Charles Tillon

Quels sont selon vous, les principaux apports du projet pour vos élèves, tant sur le plan des apprentissages que de leur engagement dans les activités proposées ?
« Il y a eu une multitude de compétences qui ont été développées et/ou renforcées chez mes élèves comme : la prise de parole, savoir poser des questions, rebondir sur des réponses, reformuler ses questions ou encore se préparer à l’écrit.

Au niveau de l’engagement des élèves, il a été plutôt inégal et fluctuant selon les périodes. Au tout début du projet, entre décembre et février, soit la première séance d’initiation à la radio et la visite de l’écomusée, les élèves étaient un peu perdus. Le temps de latence entre les séances de décembre et de février était trop long et ce fait, ils ont décroché. C’est à partir du printemps que les élèves ont raccroché les wagons lors de la préparation de l’émission de radio. Le projet devenait plus concret, surtout avec l’objectif de la formalisation d’une émission.

Plus généralement, faire classe dehors et organiser une sortie à l’extérieur leur a fait beaucoup de bien et a contribué à leur motivation tout au long du projet. Ils étaient tous présents, ce qui n’est pas anodin pour des élèves qui sont souvent absents, ça démontre vraiment que le projet leur parle et leur plaît. Les élèves les plus timides se sont, eux aussi, investi·es et, ont participé à l’émission, ce qui est un sacré pas en avant chez certain·es, pour qui lever la main en classe était compliqué. Si au moment de la préparation de l’émission de radio, une certaine anxiété était palpable du fait des conditions du direct et de l’enjeu d’être écouté par les autres élèves du lycée, la qualité de l’émission leur a permis de prendre confiance en eux. La préparation en amont les a sans aucun doute aidés à être très satisfait du rendu de l’émission. »

Avez-vous observé des effets du projet sur la posture des élèves vis-à-vis des médias, de la culture ou de leur territoire ?

« Oui, avec les professionnelles du territoire. Tout d’abord, ils étaient fréquemment en échange avec des actrices culturelles à proximité : une animatrice radio de Quartier des Ondes et une médiatrice culturelle de l’écomusée de la Bintinais. Dans le cadre de l’exposition sur les fleurs à l’écomusée de la Bintinais, ils ont aussi pu interviewer des professionnel·les des métiers de gestion, communication et de coordination en lien avec leur cursus scolaire. Ce sont des temps de partage qui sont précieux pour eux, quand on sait que les seules interactions qu’ils ont souvent avec des professionnel·les sont lors de temps de demande de stage. Ces temps informels leur donnent des occasions d’échanger sans enjeu de professionnalisation et de validation de demande de stage. »

Pensez-vous que ce type de partenariat peut aider à renouveler les pratiques éducatives, en croisant les disciplines ?

« Oui tout à fait, à bien des égards. Ce partenariat a permis de faire sortir des élèves et de les mettre en réseau avec les acteurs associatifs et culturels à deux pas de chez eux. Au-delà du partenariat, c’est une habitude de coopération qui commence à se profiler avec l’écomusée de la Bintinais. Dans le cadre du programme de français de première et des compétences à acquérir « informer, s’informer », j’ai demandé à une autre classe de réaliser un article de presse sur l’histoire d’une travailleuse à la ferme de Bintinais entre le XIXe et le XXe siècle. Les élèves ont donc enquêté auprès du musée ce 22 avril et ont profité d’une exposition sur le matrimoine pour approfondir le reportage selon la charte déontologique des journalistes.