MÉMOIRES DE VI(LL)ES

Pontrieux - Radio Kreiz Breizh

 

« Mémoires de vi(ll)es » est un projet de collectages radiophonique porté par l’association Petites Cités de Caractère® de Bretagne et la Coordination des Radios Locales et Associatives de Bretagne (CORLAB).

Cette troisième saison s’inscrit dans le cadre de l’appel à projet « L’Été culturel » de la DRAC Bretagne, visant à proposer des animations durant la période estivale aux publics qui ne partent pas en vacances.

 

Photos : Sarah Chajari – L’Atelier du Canal

LES HABITANT·ES

Et Bruno Bighi, Claudine et Yvon Connan, Martine et Bernard Illien et Maryvonne Le Gaouyat [non photographiés]

Hubert Cadoret

Hubert Cadoret

Paulette Hamon

Paulette Hamon

Anne Huet

Anne Huet

Margot Huet

Margot Huet

Charles-Louis Jacopin

Charles-Louis Jacopin

Patrick Le Bail

Patrick Le Bail

Marcelle Le Louarn

Marcelle Le Louarn

François Le Louarn

François Le Louarn

Francine Sacré

Francine Sacré

LA RADIO

Radio Kreiz Breizh

Radio Kreiz Breizh

Typhaine Léon

 

Le projet « Mémoire de vi(ll)es » à Pontrieux a permis à RKB d’approcher le territoire du Trégor Goëlo, son histoire et ses habitants. Pontrieux a été un port important de la région jusqu’à l’arrivée du train, une ville d’industrie avec les Cartonneries Huet jusque-là moitié du XIXe Siècle. Elle est restée attractive après la Seconde Guerre mondiale, animée par son pardon, son grand carnaval, sa fête des lavoirs. Les Pontriviens se souviennent de ces différentes couches de l’histoire qui composent l’identité de la ville.

LES ÉPISODES

La cartonnerie Huet

Dans ce premier épisode, les sœurs Anne et Margot Huet racontent l’histoire de la cartonnerie familiale, fondée à la fin du XIXe siècle par leur arrière-grand-père. Initialement située aux moulins de Kerglas à Saint-Clet, l’usine s’est installée plus tard sur les rives du Trieux, pour profiter de la force hydraulique nécessaire au fonctionnement des machines. La manufacture produisait alors des cartons pour les almanachs de la Poste, des boîtes à chaussures, ou encore du papier à cigarettes. À son apogée, l’entreprise employait jusqu’à 200 personnes !

Les deux sœurs évoquent leur enfance dans la « Maison Blanche », au sein d’une fratrie de treize enfants, rythmée par l’école religieuse, les traditions locales, et le passage chaque semaine de la laveuse et de la raccommodeuse. Les deux femmes se disent fières de la métamorphose de leur ville, passée d’un centre industriel en déclin à une cité touristique florissante et dynamique. 

Les lavoirs

Témoignages : Claudine Connan et Charles-Louis Jacopin

Cet épisode donne la parole à Claudine Connan, Présidente fondatrice, et à Charles-Louis Jacopin, ancien Président de l’association Nos lavoirs. Ils racontent la renaissance de ces structures patrimoniales à Pontrieux, une aventure qui a commencé vers 1990. À l’époque, une cinquantaine de lavoirs bordant le fleuve Trieux étaient en mauvais état, mais, sous l’impulsion de passionnés, une association a été créée pour mobiliser propriétaires et bénévoles afin de les restaurer.

On apprend que ces lavoirs appartenaient aux maisons bourgeoises en fond de jardin, certains comportant un petit étage spartiate pour héberger la laveuse toute l’année, signe du confort et de la richesse du propriétaire.

Aujourd’hui, l’association organise des promenades en barque, de mai à septembre, permettant aux touristes de découvrir ces patrimoines ainsi que la mémoire sociale et ouvrière de Pontrieux. Les bénévoles expliquent alors aux jeunes générations la dureté de ce métier, contrastant avec la facilité des machines à laver modernes.

Ce qui était au départ une petite fête familiale est devenue un événement d’envergure : la fête des lavoirs du 15 août. Habitants et visiteurs assistent à des concerts, des défilés en costumes d’époque et à des animations. Un temps fort à ne pas manquer.

 

« Les lavoirs de Pontrieux sont particuliers, car les marches sont étroites, ce qui obligeait les femmes à travailler sur le côté et non face à l’eau. »

Charles-Louis

Les souvenirs d'enfance

Témoignages : Maryvonne Le Gaouyat et Marcelle Le Louarn

Les intervenantes évoquent l’époque où les cafés et bistrots étaient très nombreux, presque chaque commerce faisant office de bar. Parallèlement, Marcelle raconte son enfance en pleine nature, avec l’abondance de saumons dans le Trieux, qui attirait des pêcheurs venus du sud de la France. Elle qui a travaillé toute sa vie dans un négoce de matériaux (anciennement La Paimpolaise), connaît bien les habitants des communes environnantes et participe aux fêtes locales, comme le carnaval annuel ou les courses de chevaux. 

 

« C’était plein de pêcheurs quoi. Ils vendaient leur poisson et ça partait sur Paris. »

Marcelle

Le Pontrev

Désireux de revenir en Bretagne, Hubert Cadoret s’installe à Pontrieux et achète Le Pontrev avec sa seconde épouse. À cette époque, l’établissement connaît une activité florissante, portée par le train à vapeur qui déverse des milliers de touristes, ainsi qu’une clientèle régulière d’ouvriers du bâtiment logeant à l’hôtel. L’équipe, composée d’une cuisinière et d’un apprenti, servait jusqu’à 150 repas par jour. Il relate une ambiance très conviviale au bar, qui s’est toutefois essoufflée avec le temps, notamment à cause des contrôles d’alcoolémie renforcés et de l’interdiction de fumer.

Depuis sa retraite, fin 2012, Hubert est devenu vice-président de l’association « Nos lavoirs ». Aujourd’hui, il se consacre à l’entretien, au fleurissement, mais surtout au pilotage des barques sur le Trieux. Avec une équipe de 15 à 20 pilotes, il propose aux visiteurs une découverte commentée et personnalisée des lavoirs de la ville.

 

« A l’époque le train à vapeur ramenait beaucoup de monde. J’avais jusqu’à 150 repas par jour, et je travaillais avec les autocaristes. »

Hubert

 

« On n’était pas gênés par les voitures, on pouvait jouer sur les rues et sur les places. »

Yvon

Les évolutions urbaines et sociales de la cité

 

Yvon Connan se souvient avoir aidé sa mère, qui lavait le linge de plusieurs familles dans les lavoirs de la ville, à transporter le bois et à allumer le feu pour faire bouillir le linge dans la lessiveuse. Dans les années 50 et 60, il décrit aussi le plaisir qu’il ressentait à jouer librement dans les rues et sur les places avec les autres enfants. Il se souvient des balades dans les prairies du Rocher du Corbeau, au bord de la rivière, où ils allaient ramasser des châtaignes ou des champignons dans les bois environnants.

Aujourd’hui, la ville est davantage marquée par l’automobile, les parkings et le déclin du petit commerce face à l’arrivée des grandes surfaces, ce qui rend difficile le changement des habitudes de consommation. Sur le plan industriel, l’ancienne laiterie, qui collectait autrefois le lait des fermes environnantes, a été regroupée à Guingamp. Néanmoins, Yvon Connan souligne que l’usine de traitement de sable près du port demeure en activité.

Enfin, son témoignage met en lumière une mutation démographique majeure : les quartiers construits dans les années 70 pour accueillir des familles nombreuses sont aujourd’hui principalement habités par une population plus âgée.

Le Port de Pontrieux

Témoignages : Martine et Bernard Illien

A l’arrivée de Martine et Bernard Ilien, le port n’accueillait que quatre ou cinq bateaux. Mais sous leur impulsion, et celle de leurs amis, il s’est développé pour accueillir jusqu’à 120 ou 130 bateaux en permanence, avec de nombreux passages de plaisanciers anglais. Malgré la création d’un sentier piétonnier reliant le port au centre-ville, ils constatent que la majorité des touristes reste dans le bourg, pour découvrir les lavoirs et les artisans, laissant le port surtout fréquenté par les habitants. Le port a pourtant été le point de départ de plusieurs aventures : les carnavals de la cité, mais aussi de nombreux tours du monde en bateau !

 

« Et puis un jour, je me suis dit pourquoi pas remonter la rivière et je suis arrivé ici. »

Bernard

 

« Je n’ai pas visité la maison, je vous promets… J’ai dit, c’est celle-là, c’était évident pour moi ! »

Martine

 

« Il faut avoir un grain pour faire ça. »

Patrick

Le Carnaval

Témoignage : Patrick Le Bail

Avant de devenir le carnaval, l’événement s’appelait « Mi-Carême » dans les années 50. Repris par une bande de joyeux copains, il se déroulait tous les deux ou trois ans, pour maintenir la motivation des bénévoles et l’intérêt du public. Bien que la fête ait lieu en mai, la préparation débutait des mois à l’avance, notamment avec la construction des chars par les quartiers. Ce travail collectif créait une ambiance conviviale unique, soudant des habitants qui ne se croisent pas forcément d’habitude.

Le jour J, le carnaval commençait le dimanche matin sur le port, avec l’arrivée d’une fanfare sur un bateau de poissonnier décoré de grosses têtes et de leur mascotte, « Oscar ». Le défilé, qui pouvait compter jusqu’à 31 chars et groupes, traversait toute la ville avant de se conclure par un grand bal nocturne. Le lundi, les festivités se poursuivaient avec un tour du canton en compagnie des chars. À son apogée, l’événement attirait entre 8 000 et 9 000 personnes. Il était reconnu comme une référence, même par les organisateurs du célèbre carnaval de Vitré, qui saluaient la qualité exceptionnelle du carnaval pontrivien. Patrick Le Bail confie que parler du carnaval peut encore aujourd’hui enflammer les conversations toute une nuit…

Le Jardin des âges

Témoignage : Bruno Bighi, Paulette Hamon, Françoise Sacré

Cet épisode met en lumière l’activité de l’association Le Jardin des Âges, où des bénévoles comme Paulette Hamon et Françoise Sacré organisent depuis 2016 des ateliers de poésie pour les résidents de l’EHPAD. Ces rencontres offrent aux résidents une échappée belle grâce à la lecture et à l’écriture. Paulette sélectionne les textes, en veillant à ce qu’ils soient empreints de beauté ou de douceur. Au fil du temps, l’audience a considérablement augmenté, passant d’une dizaine de résidents au début à près de trente lors des séances récentes. Francine souligne l’émerveillement qu’éprouvent les participants.

Amateur de poésie et écrivain, Bruno Bighi raconte comment il compose des poèmes à partir de trois mots proposés par une personne. Il récite également un poème dédié à Paulette, affirmant qu’elle « le mérite bien » et exprimant son souhait que la poésie continue à s’épanouir partout à Pontrieux.

 

« Ces mots en harmonie créent une bonne compagnie. »

Paulette