MÉMOIRES DE VI(LL)ES
Quintin - Radio Activ'
« Mémoires de vi(ll)es » est un projet de collectages radiophonique porté par l’association Petites Cités de Caractère® de Bretagne et la Coordination des Radios Locales et Associatives de Bretagne (CORLAB).
Cette troisième saison s’inscrit dans le cadre de l’appel à projet « L’Été culturel » de la DRAC Bretagne, visant à proposer des animations durant la période estivale aux publics qui ne partent pas en vacances.
Photos : Sarah Chajari – L’Atelier du Canal
LES HABITANT·ES
Et Jeanine Ganzer et Marie-Thérèse Velocott [non photographiées]

Denyse Blais

Maryvonne Capitaine

Monique Charpentier

Bernadette Duault

Marie Golhem

Denise Guillemot

Yannick le Méhauté

Alain Mariette

Annick Miotti

Livio Miotti

Margueritte Monfort

Annick Nédélec

Charles Pleven

Martine Veille
LA RADIO

Radio Activ'
Marcus Mithouard
En collectant les paroles des habitants de Quintin, l’équipe de Radio Activ’ a pu mesurer l’attachement des habitants de la cité de caractère à leur ville. Quel que soit le quartier ou le milieu social dans lequel ils ont grandi, l’exil économique, le travail saisonnier ou les souvenirs de vacances. Tout à chacun donne à entendre une vision singulière de ce lieu unique. Ville commerçante, carrefour urbain en milieu rural, Quintin se dévoile à travers ces paroles. Des douloureux moments de l’occupation allemande aux souvenirs plus heureux de départs en car vers les Pyrénées, des métiers anciens aux grandes quinzaines commerciales, c’est une mémoire commune que l’on découvre ici.
LES ÉPISODES
Figure d'enfance
Témoignages : Yannick Le Méhauté, Alain Mariette et Livio Miotti
Dans cet épisode, les trois hommes évoquent leurs souvenirs d’enfance et l’impact des figures masculines dans leur vie. Alain Mariette et Yannick Le Méhauté racontent la rivalité entre écoles publiques et privées, rapidement dépassée grâce aux rassemblements organisés par l’abbé Morin, qui a permis à de nombreux jeunes issus de milieux modestes de partir en vacances pour la première fois. Livio partage le parcours migratoire de son père, venu en Bretagne en 1927 pour travailler dans la construction, notamment du Séminaire. Suivant cette voie, il est devenu carreleur après un service militaire au Maroc, où il a noué de solides amitiés entre soldats.
Parcours de femmes résilientes
Témoignages : Denyse Blais, Monique Charpentier, Bernadette Duault, Marie Golhem et Margueritte Monfort
Les récits de ces femmes illustrent un quotidien marqué par les privations de la guerre et des conditions de vie souvent difficiles, témoignant de leur grande capacité d’adaptation. Le souvenir du pain traverse plusieurs témoignages : Denyse Blais et Bernadette Duault évoquent le passage du pain blanc au pain noir durant la guerre, dû à la pénurie de farine. Denyse, fille de boulanger, se rappelle des tickets de rationnement et de ses trajets à bicyclette jusqu’à Saint-Brieuc, parfois dangereux, où elle rencontrait les soldats allemands.
Marie Golhem évoque son enfance au couvent Saint-Yves, où le confort était sommaire, puis son installation en 1957 dans les premiers HLM des Croix-Jarrots, où elle a vécu 45 ans dans des conditions rudimentaires. Margueritte Montfort relate son expérience à la chemiserie Boncoeur, avant la mécanisation, et le souvenir des privations imposées par l’occupation, suivies de la joie de la Libération.
Enfin, Monique Charpentier rappelle l’exil économique après la guerre : partie à Jersey pour faire les saisons et elle eut durant cette période l’opportunité de rencontrer son futur mari et de changer de vie en s’engageant auprès des personnes âgées.
« Il n’y avait pas beaucoup d’activités à l’époque dans le quartier, donc on faisait beaucoup de bêtises. »
Jeux denfants et fêtes de village
Témoignages : Martine Blais, Maryvonne Capitaine, Yannick Le Mehauté et Marie-Thérèse Velocott
Marie-Thérèse Velocott et Martine Veille soulignent à quel point les commerces et les fêtes animaient Quintin autrefois. Les rues étaient rythmées par les fêtes locales comme l’Ascension et la quinzaine commerciale où Martine distribuait des échantillons avec sa sœur.
Investie auprès de son mari vétérinaire qui travaillait avec passion jour et nuit, Marie-Thérèse s’occupait de la vente des médicaments quand elle n’était pas à la Croix Rouge ou au foyer logement. Des engagements qu’elle continue depuis plus de 40 ans auprès des familles les plus modestes de la ville.
Maryvonne Capitaine et Yannick Le Méhauté racontent leur enfance à Quintin dans les années 50. Issus tous les deux de quartier modeste, Maryvonne a grandi du côté de la Vallée tandis que Yannick a connu les logements ouvriers situés au couvent des Ursulines. Ils se souviennent de jeux pratiqués dehors avec tous les autres enfants de leur quartier, comme les courses de vélos ou le patin à roulettes. Ils évoquent aussi les sorties dans les bois environnants, comme celui de l’étang ou le bois Bernard, où ils faisaient des cabanes et voyaient les femmes laver le linge au bord du Gouët et du Volozen.
Yannick ajoute qu’il se rendait régulièrement aux bains douches de l’hôpital n’ayant pas de salle de bain chez lui. Il possédait cependant le seul toilette individuel de tous les logements du couvent, un vrai privilège !
Paroles d'élus
Témoignages : Nicolas Carro et Françoise Guillou
Dans cet épisode, Nicolas Carro et Françoise Guillou, retiennent avant tout l’attachement profond des habitants à Quintin, une ville où « on se sent bien », portée par son patrimoine, une vie associative dynamique et de nombreux événements culturels. Le maire souligne la dimension intergénérationnelle du projet. Pour lui, cette collecte est essentielle pour transmettre l’histoire locale : « les écrits restent, mais les paroles aussi sont importantes ».
Les témoignages révèlent aussi l’évolution du territoire. Autrefois marqué par un tissu industriel et commercial dense, Quintin a également connu les transformations liées à l’implantation des grandes surfaces en périphéries, l’évolution des modes de consommation et une mobilité accrue dans les parcours de vie. Le maire rappelle qu’autrefois, les déplacements (parfois 30 km aller-retour pour rejoindre Saint-Brieuc) se faisaient à vélo sur des routes vallonnées, bien loin de la mobilité motorisée actuelle. Malgré ces changements, l’esprit de solidarité et l’implication locale demeurent forts.
Vie quotidienne, guerre et modernisation
Témoignages : Denyse Blais, Bernadette Duault, Jeanine Ganzer, Denise Guillemot, Annick Nédélec et Charles Pleven
Les habitants réunis dans cet épisode décrivent tous un bourg autrefois animé par une vie sociale et commerciale intense. Jeanine Ganzer se souvient d’une bonne ambiance dans une ville qui comptait jusqu’à 99 cafés et où le marché du mardi était un rendez-vous incontournable pour les habitants et les agriculteurs des environs. Charles Pleven évoque une ville centre dont le rayonnement est aujourd’hui concurrencé par les grandes enseignes de Saint-Brieuc.
Les témoignages soulignent le passage vers la modernité. Bernadette Duault raconte son arrivée en 1948 dans une campagne encore dépourvue d’eau et d’électricité. Tandis que plusieurs intervenants décrivent une époque où l’on se déplaçait à pied ou à cheval, avant l’arrivée progressive de l’automobile et des équipements modernes qui ont automatisé beaucoup de tâches du quotidien.
La période de la guerre a aussi profondément marqué les mémoires. Outre la peur des tirs et la vision des prisonniers allemands sur la place de la mairie, les récits mettent en lumière le courage des femmes. Enfin, ces parcours témoignent d’un attachement viscéral à la région. Qu’ils soient restés pour développer l’industrie locale ou revenus après une carrière ailleurs, tous les habitants partagent ce sentiment profond : « Quand tu es breton, tu reviens dans ta Bretagne ».
